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Châteauneuf-Les-Moustiers
Blason La Palud sur Verdon

Châteauneuf-les-Moustiers

Un peu d'histoire

L'ancien village abandonné de Châteauneuf-Les-Moustiers ...

Après avoir aidé le comte de Provence à chasser les Sarrasins (972), ses compagnons accaparent les espaces libérés.

Aux confins de la Basse Provence et à la limite méridionale de l’actuel département des Alpes de Haute-Provence, des parents des vicomtes de Marseille occupent la cité épiscopale de Riez et un vaste territoire autour, tandis que les cadets d’une puissante famille qui possède Apt et sa région, s’installent sur le siège épiscopal de Senez et dans la vallée du moyen Verdon.

Les uns et les autres construisent des châteaux ; les premiers, entre autres celui de Moustiers, dont ils prendront le nom, et celui de Châteauneuf ; les seconds celui de Castellane.

Châteauneuf-les-Moustiers

À l’extrémité orientale de leur domaine, entre le Verdon et la crête d’une chaîne des préalpes où culmine le Moure de Chanier (alt.1930 m), les Moustiers établissent une grande seigneurie.

Au milieu, une montagne un peu isolée (alt. 1143 m), appelée aujourd’hui  » Les barris « . À son sommet, (alt 1930 m), ils érigent le premier  » Castellum Novum  » qui va donner son nom à la seigneurie.

Mentionné pour la première fois en 1062, ce château a rassemblé sous sa falaise la population de l’oppidum pré-romain et des domaines agricoles environnants. Du village primitif restent des fonds de cabanes qu’enferment les vestiges d’un rempart de pierres sèches. Au pied de la montagne, sur un promontoire dominant une plaine marécageuse, s’élève l’église paroissiale, que le pape Pascal II désigne dans une bulle (1114) par le vocable d’ « ecclesia Sancte Maria de Palude », et dont subsiste aujourd’hui le clocher.

Au milieu du XIIe siècle, le seigneur de Castellane, Boniface III, épouse la fille de Guillaumede Moustiers, qui lui apporte le château et la seigneurie de ChâteauNeuf. À la même époque, le comté de Provence échoit, également par mariage, à Alphonse Ier, comte de Barcelone et roi d’Aragon. Contrairement aux usages de la famille comtale précédente, Alphonse Ier exige l’hommage des grands féodaux de Provence. Boniface III le lui refuse. A l’issue de la guerre qui s’ensuit, Boniface non seulement doit prêter hommage (1189), mais perd un certain nombre de places, dont celle de ChâteauNeuf. Le chevalier qui était responsable de sa défense, devant la disproportion des forces, a sans doute préféré la livrer sans combat. En récompense, Alphonse Ier lui cède la moitié nord de la seigneurie et son toponyme, à charge pour lui de construire, avec une église et un village, le nouveau château sur un étroit plateau incliné qui surveille le seul chemin reliant Moustiers à Castellane. Le comte conserve en propre la forteresse des Barris et la moitié sud du territoire. Celle-ci n’ayant plus de nom, prend le vocable de l’église paroissiale et, depuis, s’appelle La Palud.

Châteauneuf Les Moustiers

À la fin du XIVe siècle, après avoir dévasté la vallée du Rhône, les « grandes compagnies » déferlent sur la Provence, puis la guerre civile consécutive à la succession de la Reine Jeanne multiplie coups de main et ravages.

Partout, villes et villages relèvent leurs fortifications. Autour de la plateforme sommitale de Châteauneuf, le seigneur construit une enceinte dont subsistent quelques pans.

Nous ne savons rien des péripéties qui marquent la région dans les premières décennies du XVe siècle, ni sur le déroulement de la longue prostration qui s’ensuit. Châteauneuf, qui groupait 200 habitants en 1301, n’en compte plus, cent ans après, qu’une quinzaine, réfugiés vraisemblablement dans les écarts ; la ruine du village médiéval semble en effet survenue à cette époque.

Jamais totalement désertée, la seigneurie a dû bénéficier d’un transfert de population. La transaction passée avec le seigneur en 1570, indique que son repeuplement est accompli à ce moment.

En 1698, une enquête de réaffouagement dénombre 72 chefs de famille habitant 72 maisons. À l’adret du sommet abandonné, un certain nombre de celles-ci, plantées de part et d’autre d’une rue centrale, donnent au nouveau village l’aspect que nous lui connaissons, avec sa place et sa fontaine.

Selon un vieil historien, la population, qui s’élève avant 1787 à 600 âmes, habite en grande partie les hameaux de Chauvet, du Ponçonnet et du Plan.
Ici comme ailleurs, le sol constitue la principale richesse, bien que selon l’enquête de 1698, il soit traversé par une « infinité de torrans » :  ce n’est qu’une suite de ravines et de valons d’espace en espace. Malgré les récoltes irrégulières, les gelées tardives, les sècheresses prolongées, une répartition des terres inégale et de grands écarts de profits, longtemps le blé constitue la première source de revenus. Autre activité importante, l’élevage. En 1471, la communauté ne rassemblait plus qu’une quinzaine d’habitants mais élevait déjà 180 moutons.

Vers 1818, environ 1500 moutons et 150 chèvres constituent le cheptel, nombres bien modestes en regard d’une population avoisinant les 700 âmes. C’est au moment où l’augmentation démographique aurait exigé une expansion économique avec multiplication du cheptel et pleine exploitation des forêts, qu’entre en vigueur le code forestier de 1825 ; l’appliquant strictement, l’administration conteste des usages séculaires (droits de dépaissance sur les pacages communaux, droits de parcours à travers les bois communaux, droits de coupes affouagères) et aggrave les conditions de vie.

Au XIXe siècle, la commune compte deux écoles. L’isolement n’incite guère les instituteurs à y venir enseigner, et le manque d’assiduité des élèves lasse les plus résolus. Sans se décourager, le conseil municipal réaffirme la nécessité des deux écoles, l’une au chef-lieu, l’autre à Chauvet, « attendu que ce hameau, qui est distant du village d’une lieue, forme à peu près la moitié de la population de la commune ». D’ailleurs, il y a également, pour les mêmes raisons, deux églises paroissiales.

La voie qui va de Moustiers à Castellane en passant au pied du village, a été classée « route départementale N° 10″. Malgré la menace pour l’avenir de la commune, qui n’aura  » plus aucun débouché ni sur Moustiers, ni sur Castellane, à moins d’un circuit qui allonge infiniment le trajet « , le service départemental de la voierie finit par détourner ce chemin, et le fait passer, en 1860, par La Palud, parcours plus facilement praticable, surtout l’hiver.

Vingt ans après, les conseillers annoncent la mort inévitable du village s’il n’est pas mis fin à l’absence de voies carrossables. Leur avertissement est d’autant plus justifié qu’en Basse-Provence, bénéficiant du développement du réseau routier, du cabotage puis des chemins de fer, le négoce ne trouve plus intérêt aux petits surplus qu’il se procurait dans le « haut pays », et que l’équipement agricole, dans le Var en particulier, incite les paysans de la montagne, jusqu’alors « émigrants saisonniers », à s’y installer définitivement.

Le village abandonné de Châteauneuf les Moustiers

Quand survient la guerre 1914-18, depuis longtemps Châteauneuf n’a même plus de maréchal-ferrant.
Or 19 de ses jeunes hommes vont tomber sur les champs de bataille.
Pareille hémorragie ne pouvait que décourager les derniers habitants en vidant l’agriculture de ce qui lui restait de forces vives, mais aussi en empêchant pour longtemps le renouvellement des générations.

En 1974, un arrêté préfectoral a rattaché Châteauneuf à La Palud par création de deux « communes associées » au sein d’une seule commune.

Après la division imposée par le comte de Provence, et qui a duré huit siècles, les deux villages se retrouvent donc à nouveau unis pour accroître leurs chances dans un avenir commun.

Bibliographie

Un ouvrage d’historiens très approfondi est disponible au point de vente de la Maison des Gorges au château de La Palud sur Verdon.

Il vous raconte les mille ans d’histoire de Châteauneuf lès Moustiers et l’aventure de l’implantation de la population de La Palud sur Verdon de 972 à nos jours.

« Châteauneuf lès Moustiers, un village des Gorges du Verdon, rive droite », Jacques Cru avec la participation de Jean Claude Poteur, édition « La maison des Gorges, La Palud sur Verdon-Groupe Copsi »

Autre ouvrage sur l’histoire des Gorges du Verdon : « L’histoire des Gorges du Verdon », Jacques Cru

Livret découvert Châteauneuf les Moustiers

Le « guide d’une promenade sur le sentier de découverte de Châteauneuf les Moustiers » est indispensable pour appréhender toutes les facettes du village abandonné. 

En vente à l’office de tourisme
au tarif de 4 €